Classique Manga : Nana d’Ai Yazawa

4coeur100

Amour et rock’n roll.

Continuons ma petite série nostalgique, les mangas de ma jeunesse (ce sont mes devoirs de vacances, j’ai un directeur éditorial trèèèèèèès méchant). Que ceux qui ont demandé mon âge cessent immédiatement de lire cette chronique, non mais !

NanaTome1Nous allons totalement changer de registre en nous penchant sur le cas du manga Nana d’Ai Yazawa (mangaka de Marine Blue). Certes, il s’agit d’un shojo, mais nous allons nous éloigner des yeux de biche, des fleurs qui surgissent sans raison dans les cases du manga et (les mamans des lecteurs de manga peuvent-elles fermer les yeux un instant ? Toi aussi, papa. Merci.) de la chasteté sur plus de 20 tomes. Nana, qu’on se le dise, est un manga résolument moderne et réaliste.

Dans Nana, nous allons suivre l’histoire de deux jeunes femmes, deux amies, Nana Komatsu (surnommée Hachi à partir du tome 2, pour plus de facilité à partir de maintenant je vous parlerai d’elle en l’appelant Hachi) et Nana Osaki.
Autant vous prévenir de suite, ne décidez pas après la lecture du tome 1 si vous voulez suivre la série ou non, attendez d’avoir lu le tome 2. Le volume 1 est en effet particulier. Il nous permet de faire connaissance des deux héroïnes avant qu’elles ne se rencontrent.
Sur le ring de la vie, à ma gauche, on applaudit bien fort Hachi !!! Adorable petit cœur d’artichaut, vivotant de petit boulot en petit boulot, fan de mode et du groupe de J-Pop Trapnest, il ne pourra que vous attendrir. Certes il est fragile, mais il ne renonce jamais.
A ma droite, on ne ménage pas ses vivats pour Nana !!! Écorchée vive, punkette secrète, parolière et chanteuse du groupe punk Blast, elle ne pourra que vous rendre admirative.
Mesdemoiselles, présentez-vous au centre du ring. Vous ne combattrez pas l’une contre l’autre, mais ensemble contre la vie.
nana_7-8Le décor est planté, c’est le tome 2, l’histoire commence. La rencontre de Hachi et de Nana, c’est la rencontre de deux univers, qui, le temps aidant, vont devenir complémentaires. La vie des Nana à Tokyo va nous permettre de découvrir deux des facettes de la vie de Tokyo. La première représentée par Hachi. Hachi c’est le quotidien, les examens qu’on rate, les petits boulots, les petits amis, les méga-bourdes, les choix bons ou mauvais que l’on doit assumer. Mais aussi une douceur et une naïveté forcément amenées à disparaître face à la maturité. La seconde c’est le monde de la musique. Nana va nous révéler le monde de la musique indépendante, et indirectement celui de la musique J-pop plus industrielle. On voit que l’auteure connaît son sujet et c’est passionnant à découvrir. Passionnant, mais cruel. Argent, drogue, paparazzi, manipulation, Nana y brûlera-t-elle ses ailes ?

La première chose qui marque dans Nana, c’est (et en France, ce fût une petite révolution) que c’est un shojo manga pour adultes. Pas dans le sens pornographique, dans le sens vous devez vous approchez de la fin de l’adolescence pour ressentir toutes les subtilités du manga. Ici, pas de mièvrerie, pas de happy end, c’est la vie brute de décoffrage.

nana-volume-5La seconde chose qui marque dans ce manga, c’est le côté ciselé. Ai Yazawa fait un travail d’orfèvre. Que ce soit dans la caractérisation des personnages. Caractères, vêtements, sentiments, façons de parler, goûts, évolution, tout est soigneusement étudié. Nous pourrions reconnaître les personnages les yeux fermés. Que ce soit dans les dessins. Rouvrez les yeux, vous allez en prendre plein les mirettes : sens du détail (les fringues, je ne vous dis pas), le style du dessin (peu courant dans les manga à succès), les décors, les lieux récurrents. Point agréable, malgré leur nombre non négligeable, on reconnaît facilement les personnages (même lorsqu’ils changent de tenue). Ou que ce soit dans l’intrigue ou la narration. Même s’il y a quelques exceptions, c’est Hachi qui nous raconte ce qui se passe. Cependant, elle nous le raconte au passé, c’est la Hachi du futur la narratrice du moment que nous vivons au travers de la lecture. Très vite, nous sentons que quelque chose a mal tourné, que nous n’allons pas vers un happy end. Ce qui créé une tension, un mystère. Ce qui permet aussi à Ai Yazawa de jouer avec la narration. Certaines séquences sont parfaites, les pensées du personnage du futur qui nous parle (que ce soit Hachi ou un autre) ne nous racontent pas forcément ce que les dessins nous montrent. Pourtant ils entrent en résonance de façon parfaite. Et ça c’est vraiment du grand art. Ce qui fait que même des personnes ne lisant pas de manga habituellement accrochent à celui-ci. Vraiment, à mes yeux, c’est pour le moment l’œuvre majeur d’Ai Yazawa.

Nana d’Ai Yazawa chez Delcourt, 21 volumes série en cours.
Un fanbook (Nana 7.8) toujours chez Delcourt, ainsi qu’un artbook chez le même éditeur.
Une série animé disponible chez Kazé Animation et deux films live dont un disponible en France chez Dybex.

marine-blue-2-delcourtPassons à la mauvaise nouvelle, l’auteur étant très malade la série est pour le moment en pause. Vous pouvez néanmoins lire les anciennes séries de l’auteur, la plus part étant encore disponibles. Je me permettrais de vous conseiller Last Quater (série finie en 3 tomes chez Delcourt) et Gokinjo une vie de quartier (série finie en 7 tomes ou 4 tomes pour la version de luxe, les deux versions chez Delcourt) pour les plus jeunes. En ce moment, toujours pour les plus jeunes, Delcourt sort une œuvre de jeunesse d’Ai Yazawa, Marine Blue (Serie complète, 3 tomes de disponible sur 4 à paraître).

Si vous souhaitez rester dans l’univers de la musique, il y a Lovely Love Lie, accessible dès 12 ans, de Kotomi Aoki chez Soleil Manga (série en cours, 15 volumes).

Caroline Devred, https://lescarotartines.wordpress.com/.

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